Ne pas confondre vitesse et précipitation !

La Loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire prévoit à juste titre l’expérimentation d’un affichage environnemental des produits alimentaires. Les résultats doivent être présentés en juin prochain devant le Parlement avant de décider des critères retenus pour cet éco-score. 

Pour autant, certaines plateformes ont d’ores et déjà mis en place un tel affichage, ou vont le faire dans les tous prochains jours. Mais les consommateurs peuvent-ils faire confiance à ces informations ? Rien n’est moins sûr !

C’est sur la base de données publique Agribalyse, dans sa version 3, publiée en septembre 2020 et alimentée par la méthode de l’Analyse du Cycle de Vie (ACV), que repose l’évaluation de l’impact environnemental des produits que nous mangeons. Tant l’Ademe, qui détient la base, que certains instituts de recherche, mais également des acteurs des filières agricoles, conviennent qu’à elle seule l’ACV ne retranscrit pas fidèlement l’impact environnemental des produits. Elle porte en elle certains biais.

En effet, les pratiques agricoles, permettant, par exemple, le stockage du carbone, la préservation de la biodiversité, ou le faible usage d’intrants ne sont pas intégrées à ce stade. Un exemple criant : une viande bovine française pourtant produite à l’herbe en bio ou en conventionnel dans nos massifs est plus problématique qu’une viande bovine importée d’outre atlantique dont on ne sait finalement rien.

Nous devons assurer la prise en compte des externalités positives pour donner une information environnementale robuste et fiable aux consommateurs.  

C’est donc avec circonspection que nous avons appris que certains opérateurs privés, sans attendre la fin de l’expérimentation à laquelle ils participent pourtant, lancent publiquement leurs propres applications de notation environnementale des produits alimentaires en se prévalant d’utiliser notamment l’ACV.

A ce stade, il nous semble hasardeux de laisser faire sans rien dire.

Tout d’abord, tant que l’expérimentation n’est pas finalisée, et que l’appel à candidature est toujours ouvert, il est assez clair qu’aucune méthode officielle ne peut être diffusée. Les services de la DGCCRF se doivent donc d’être particulièrement vigilants concernant la diffusion des « eco-scores » qui sera faite avant la fin de cette expérimentation et qui pourrait être de nature à être déceptive.

Ensuite, face à l’enjeu de ce score environnemental, il est extrêmement important de prendre le temps d’expérimenter et de remédier aux insuffisances de la méthode ACV pour finalement permettre de faire évoluer les pratiques de productions et de consommation. La mise à disposition très tardive des données d’Agribalyse 3 plaide également en ce sens.

Enfin, l’utilisation de la méthode ACV si elle devenait méthode principale, voire unique, d’évaluation de l’impact environnemental des accords de commerces internationaux pourrait être particulièrement dommageable. 

Aussi, rallonger de quelques mois l’expérimentation nous semble de nature à renforcer la validité, la solidité, mais surtout, la crédibilité des scores diffusés. Le sujet est trop important, et ses conséquences potentiellement dommageables notamment pour notre agriculture : ne confondons pas vitesse et précipitation ! En l’état, ces « éco-scores » ne correspondent pas à une réalité scientifique fiable et aboutie.

Pierre VENTEAU 
Député de la 2e circonscription de la Haute-Vienne 
 
Sandrine LE FEUR 
Députée de la 4e circonscription du Finistère 
 
Olivier DAMAISIN 
Député de la 3e circonscription du Lot-et-Garonne 
 
Séverine GIPSON 
Députée de la 1ère circonscription de l’Eure 
 
Marie-Christine VERDIER-JOUCLAS
Députée de la 2e circonscription du Tarn
 
Jean-Luc FUGIT 
Député de la 11e circonscription du Rhône 
 
Bénédicte PEYROL 
Députée de la 3e circonscription de l’Allie 
 
Jacqueline DUBOIS 
Députée de la 4e circonscription de Dordogne 
 
Alain PEREA 
Député de la 2e circonscription de l’Aude 
Martine LEGUILLE-BALLOY 
Députée de la 4e circonscription de Vendée

Jean-Baptiste MOREAU 
Député de la 1ère circonscription de la Creuse 
 
Hervé PELLOIS 
Député de la 1ère circonscription du Morbihan 
 
Philippe CHASSAING 
Député de la 1ère circonscription de Dordogne 
 
Danielle BRULEBOIS 
Députée de la 1ère circonscription du Jura 
 
Anne-Laure CATTELOT 
Députée de la 12e circonscription du Nord 
 
Nicole LE PEIH 
Députée de la 3e circonscription du Morbihan 
 
Frédéric DESCROZAILLE 
Député de la 1ère circonscription du Val- de-Marne 
 
Michel LAUZZANA 
Député de la 1ère circonscription du Lot-et- Garonne